Club Culturel Vaugirard
pour les Aveugles et leurs Amis

Le sommeil chez les personnes aveugles

Publié le: lundi 4 avril 2011.

LE SOMMEIL CHEZ LES PERSONNES AVEUGLES POURQUOI LE SOMMEIL DES NON-VOYANTS EST-IL SOUVENT PERTURBÉ ?

Par le professeur Damien Léger et le docteur Pascale Ogrizek du Centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu de Paris.

Depuis quelques années, on sait de manière précise que le sommeil des aveugles est perturbé non seulement pour des raisons psychologiques mais aussi en raison de l’absence de stimulation de l’horloge biologique par la lumière. La non perception de la lumière les empêcherait de « caler » leur rythme de sommeil sur la périodicité jour/nuit et expliquerait les cycliques difficultés pour s’endormir et les épisodes de somnolence involontaire vécus par certains non-voyants. Le recours à la mélatonine, hormone dont la sécrétion est perturbée par l’absence de lumière, serait une solution pour réguler le sommeil des non-voyants.

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, le nombre de personnes présentant une atteinte visuelle sévère serait de 180 millions dans le monde, dont 45 millions de non-voyants. Certains de ces non-voyants n’ont pas de perception consciente de la lumière. Outre le handicap de la cécité, ils peuvent alors présenter aussi une désynchronisation de l’horloge biologique et en particulier des rythmes de l’éveil et du sommeil par rapport au cycle jour/nuit. Leur sommeil n’étant plus synchronisé par rapport au rythme de 24 heures se met en « libre cours », ce qui veut dire qu’il peut survenir en plusieurs épisodes au cours des 24 heures, sans tenir compte de l’alternance du jour et de la nuit : difficultés d’endormissement, réveils au cours de la nuit et somnolence dans la journée peuvent alors résulter de ce décalage.

L’horloge biologique et la lumière.

La lumière joue en effet un rôle important de synchroniseur, comme une sorte de « chef d’orchestre », des rythmes biologiques circadiens, c’est-à-dire rythmés sur 24 heures et fonction du jour et de la nuit. Pour être en harmonie avec les rythmes du cosmos (rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil, rotation de la lune autour de la terre), la biologie des êtres vivants s’organise autour de cycles régulés par une horloge interne. Les rythmes biologiques permettent aux organismes de s’adapter aux variations cycliques, journalières et annuelles, de leur environnement. Chez l’homme, les grandes fonctions telles que le sommeil, la température corporelle ou les secrétions hormonales fluctuent selon un horaire de 24 heures. C’est le rythme circadien qui s’organise autour de l’alternance de périodes d’activité et de repos, calquées sur le cycle jour/nuit.

L’horloge interne qui régule les cycles circadiens et orchestre les cycles biologiques se situe dans le cerveau, à la base de l’hypothalamus, dans de petites structures cérébrales, les noyaux suprachiasmatiques, situés juste au-dessus du chiasma optique, lieu de croisement des deux nerfs optiques. Au nombre de deux, ces noyaux comportent chacun quelques dizaines de milliers de neurones qui peuvent recevoir, grâce à leur position stratégique par rapport aux nerfs optiques, des informations sur le niveau d’intensité lumineuse ambiante. La lumière du jour agit, par l’intermédiaire de la rétine et des voies optiques, comme un resynchroniseur de l’horloge biologique qui doit, comme toute horloge, être ajustée quotidiennement.

L’information lumineuse reçue par les noyaux suprachiasmatiques est transmise à la glande pinéale, responsable de la sécrétion de la mélatonine. Cette neurohormone (dont le nom vient du grec melanos = noir) est sécrétée en fonction du cycle jour/nuit : la présence de lumière bloque sa synthèse alors que l’obscurité la déclenche. La sécrétion de mélatonine informe l’organisme de l’arrivée de la nuit et induit le sommeil. L’alternance jour/nuit, par l’intermédiaire de la mélatonine, régule nos cycles biologiques et en particulier notre sommeil.

Il y a quelques années, des chercheurs comme Michel Siffre se sont isolés volontairement quelques semaines dans des grottes et ont montré qu’en l’absence de stimulation par la lumière leur horloge se désynchronisait. C’est également cette « désynchronisation » qui se produit chez les aveugles qui ne perçoivent pas la lumière.

Quels troubles du sommeil ?

Il y a un peu plus de 10 ans, avec l’aide de l’Association Valentin Hauÿ, nous avons réalisé une étude par questionnaire en braille auprès de 1073 aveugles comparés à des personnes voyantes de mêmes sexe et âge. Cette étude a montré une plus forte fréquence des troubles du sommeil chez les non-voyants :

83 % des aveugles disent présenter au moins un problème de sommeil, principalement des réveils nocturnes avec difficultés pour se rendormir (54 %), mais aussi une durée de sommeil trop courte (49 %), un réveil trop précoce (45 %), une qualité de sommeil pauvre (43 %), des difficultés d’endormissement (35 %).

Les aveugles se plaignaient plus d’insomnie que les voyants (35 % contre 26 %), ils prenaient aussi plus fréquemment des somnifères que les témoins (25 % vs 13 %) et se plaignaient plus fréquemment de somnolence diurne (14 % vs 6 %). Par ailleurs, 17 % des non-voyants et 8 % des témoins étaient en « libre cours ».

Une autre étude que nous avons réalisée sur le sommeil des enfants aveugles fait ressortir une prévalence de l’insomnie plus fréquente chez les enfants non-voyants que chez les enfants voyants. Toutefois, les rythmes de sommeil en « libre cours » ne sont pas plus fréquents chez les enfants aveugles sans perception de la lumière que chez les enfants voyants, sans doute parce que la perturbation chronobiologique est compensée par l’obligation d’avoir des horaires de sommeil réguliers et de se lever tôt pour aller à l’école.

Nous avons aussi réalisé des enregistrements du sommeil chez 26 aveugles en « libre cours » comparés à ceux d’un groupe apparié de témoins montrant une diminution significative du temps de sommeil total et de l’efficacité du sommeil, ainsi qu’une augmentation de la latence d’endormissement et une diminution de la proportion de sommeil paradoxal chez les sujets non-voyants.

Bien que de multiples autres causes telles que l’origine de la cécité et les conditions de vie difficiles des non-voyants puissent contribuer à leurs difficultés de sommeil, la non perception de la lumière semble jouer un rôle non négligeable.

La mélatonine peut-elle aider les non-voyants à améliorer leur sommeil ?

La mélatonine dont la sécrétion est perturbée par un mauvais fonctionnement de l’horloge a été synthétisée chimiquement et commercialisée comme traitement depuis des années dans des pays anglo-saxons dans l’indication des troubles du sommeil. En Europe la mélatonine était cependant non utilisable car on ne connaissait pas suffisamment ses effets secondaires possibles. Depuis quelques années cependant des nouveaux médicaments avec des modes d’actions similaires ont été testés pour leur efficacité et sont soumis aux règles strictes de contrôle de possibles effets secondaires. Plusieurs études laissent penser que la mélatonine ou d’autres médicaments avec des modes d’action similaires seraient de bonnes solutions pour la prise en charge des troubles du sommeil des non voyants.

RECHERCHE BIOMÉDICALE SUR LES TROUBLES DU SOMMEIL CHEZ LES PERSONNES AVEUGLES

Souffrez-vous d’insomnie la nuit et de somnolence au cours de la journée ? Vous pouvez nous aider à faire avancer la recherche.

FORENAP est spécialisé dans l’étude du sommeil et travaille actuellement avec une compagnie pharmaceutique qui évalue en ce moment un traitement expérimental destiné aux personnes aveugles souffrant d’insomnie et de somnolence au cours de la journée.

Dans ce cadre, nous recherchons des volontaires pour participer à un essai clinique afin de tester ce nouveau médicament expérimental chez les personnes non-voyantes et ne percevant pas la lumière, souffrant de troubles du sommeil.

Cette recherche biomédicale est organisée dans cinq villes de France, Paris, Garches, Lyon, Toulouse et Rouffach, au sein de centres spécialisés dans l’étude du sommeil. L’étude amènera les personnes à suivre un traitement d’une année.

Les personnes participantes se rendront au centre d’étude seulement à dix reprises, les personnes retenues seront rémunérées et les frais de déplacements seront remboursés.

Cette recherche biomédicale a fait l’objet d’un dépôt auprès du Comité de protection des personnes Ile de France I (CPP) et de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS).

Si vous souhaitez faire avancer la recherche, si vous êtes intéressé(e) par une telle étude, contactez dès à présent notre centre.

Contact : FORENAP - Courriel : recrutement@forenap.com Téléphone : 03.89.78.73.73 (hors Alsace) ou 0 800 777 784 (uniquement en Alsace)


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